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Accueil » Les brèves (MàJ 29/8/2019)

Le Temps des horloges... Phil oh temps !

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Le Temps des horloges... Phil oh temps !

 

Une fois par mois, au centre culturel Michel Manet, il faut montrer patte blanche pour accéder au premier.
 
Ce mercredi soir, après avoir décliné mon identité auprès de Dana, je suis autorisée à rejoindre l’assemblée. C’est le brouhaha des retrouvailles. Un bruit court dans la cage d’escalier :
« Le voilà ! »
   
17 h 30… Il est à l’heure. Vite, je regagne ma place au premier rang, récupère mon stylo. À côté de moi, le dévoué Christian prépare le magnéto. Vu la qualité du silence qui se répand comme une tache d’huile sur la mezzanine, on comprend vite que l’intervenant n’est pas un débutant. 
   
Après avoir salué l’assistance, notre professeur s’assoit derrière la table, exhume ses documents, allonge sa montre-bracelet marron en face de lui, sur le tapis de feutre vert.
   
Tiens ! Aurait-il lui aussi un problème avec le temps ? 
   

  

Il faut dire que la durée de son intervention est minutée, une déformation professionnelle sans doute : une heure pour l’exposé, une heure pour la discussion. Alors, pas question de musarder. Le programme est inépuisable, notre curiosité insatiable.
   
Je corrige mon assise, ouvre grand mes oreilles pour accueillir la parole. C’est parti ! Très vite nous voilà embarqués dans une folle épopée. L’humour en contrepoint, comme d’habitude le sujet est passionnant, le récit captivant émaillé d’anecdotes. Notre philosophe ratisse large de Thalès à Heidegger, du Big Bang à la physique quantique. Je m’accroche. Au pied du mur de Planck, au bord du trou noir, je ne lâche rien.  Soudain, notre conférencier regarde sa montre, s’arrête net médusé :
   
« Pas possible ! Une fois de plus, j’ai largement dépassé. Oui, comme d’habitude je suis en retard… très en retard même… »
   
Devant ses yeux hagards, sa bouche entrouverte, je vérifie in situ que le temps reste pour lui aussi un mystère. Eh ! Oui… Depuis Saint-Augustin on en est toujours au même point. Pourtant d’Héraclite à Bergson d’éminents philosophes ont travaillé la question. Ce soir je m’interroge… à Bergerac, le temps des horloges serait-il en avance sur la réalité ?  Il nous faudra en reparler.
Malheureusement, l’heure tourne. Je vérifie la date de notre prochaine rencontre sur mon agenda. Je vais encore devoir attendre un long mois. À la sortie, devant le centre culturel, je me retrouve nez à nez avec un ami d’enfance.  Je lui dis tout le bien que je pense de la conférence. Face à mon enthousiasme, le frivole me lance le sourire narquois :
  
« Pourquoi te piques-tu de philosopher à ton âge ? »
  
Je lui rétorque sans sourciller :
  
« Tiens, par exemple pour essayer de répondre à la question que tu viens de me poser :
  
Alors Colette, qu’est-ce que tu deviens ? »
  
 
Colette Ferullo

 

 

Faire-part de naissance

Contraintes : des tableaux de Julie Dourlent (avec son aimable autorisation) exposés à la bibliothèque de Cours de Pile du 1 au 30 mars 2019, 2 groupes de 4 auteurs, une immersion en tant qu'acteurs de chaque groupe dans le tableau choisi, 2 textes en une 1/2 heure.
     

Cours de Pile : Il est un petit village lové au creux de la rocade. Un petit village généreux qui ouvre grandes les portes de sa médiathèque aux écrivants en goguette et aux peintres talentueux. En ce matin de printemps, huit coucous aguerris ont fait leur nid dans les tableaux de Julie pour donner vie à un récit. Après deux heures de couvaison, au sein du petit village généreux, les textes sont venus au monde juste avant le pot au feu. Oui, ce matin-là, sous la houlette d'un maître facétieux, à Cours-de-Pile, de belles naissances ont eu lieu. (Colette F.)

Premier texte :

 
Elle n’aurait jamais dû leur tourner le dos, Blanche. Les facéties s’enchaînent. On a bien essayé de les raisonner, que nenni. Le verre garni de potion magique laissé là, quelle imprudence ! c’était le jour de la grande récolte.
     
Pétillante, comme à son habitude proposa de goûter le contenu du verre. Procastine, n’était pas d’accord. On verra plus tard ! dit-elle. Artiste, un peu dans la lune contemplait l’harmonie des citrouilles disposées avec soin dans le champ. Ronchon, protesta également en disant : c’est n’importe quoi ! Timide, vit Simplette se saisir du verre. Mais il ne dit rien.
       
Simplette goûta :
– Mmmm… que c’est bon ! Venez les, amis, venez vous régaler !
     

Ils ne se firent pas prier. Discrète avait bien un peu hésité, mais Pétillante et Procrastine l’avaient bien vite persuadée.

      
L’ambiance devint vite débridée et joyeusement bruyante. Si bien que Chef, qui faisait tranquillement la sieste sous son parasol, se réveilla et s’empressa de vider le verre cul sec !
 
Peu à peu les citrouilles grossissaient, grossissaient de façon inquiétante ou... était-ce eux qui rapetissaient ? Allez savoir ! En tout cas, plus question d’escalader ces énormes légumes sans cordes ni pioches. Et puis soudain, ils réalisèrent que le verre aussi devenait immense, de la taille d’un immeuble ou presque ! C’est à ce moment-là que revint Blanche et... découvrant le verre vide, elle eut tôt fait de comprendre l’étendue du désastre.
  
– Ce n’est vraiment pas possible ; on ne peut pas vous faire confiance. Eh bien à vous de vous débrouiller maintenant et sachez que le charme doit opérer pendant trois longues lunes !!
 
 
Daniel C., Annie T., Gisèle C., cathy G.
    
 
Deuxième texte
 
Il était une fois, dans une forêt lointaine, quatre compères qui devisaient sur leur sort. Ils étaient arrivés là, sur ce terrain escarpé, depuis un certain temps et, comme on dit, avaient pris racine...
   
Les beaux jours s’éloignaient doucement. Le temps fraîchissait. L’automne pointait le bout de son nez. Tous connaissaient ce changement de saison, et pourtant, chacun s’étonnait tous les ans des nouvelles couleurs dont la nature se paraît peu à peu...
   
On attendait ce festival de lumière toujours éblouissant. C’était des rouges se déclinant du pourpre à l’orangé, des jaunes d’or pour recouvrir la terre d’un tapis sidérant. Parfois, un talus resté dans l’ombre conservait un peu plus de vert ce qui faisait chatoyer davantage toutes ces couleurs chaudes. Et si on tendait bien l’oreille, on pouvait même entendre la respiration de Dame Nature...
    
Tant de sérénité, devant la lumière du ciel qui perçait à travers les feuillages, nos quatre frères en étaient tous chamboulés...
   
Pourtant, passé ce moment de grâce, le premier des quatre, coincé au bord du talus, manifesta une certaine mauvaise humeur :
   
— Le bénévolat, ça suffit. J’aimerais bien que vous m’aidiez un peu. Je suis le seul à contenir ce talus.
   
— Toujours en train de te plaindre, rétorqua le second. Pourtant quand mon ombre t’abritait d’une grosse chaleur tu étais bien content !...
   
Le plus petit s’en mêla :
   
— Oui, mais à cause de son ombre, je n’ai pas trop grandi !
   
Et le quatrième fort de la sagesse de son grand âge :
   
— Cessez donc ces vaines querelles ! Profitons plutôt du moment présent avant que l’hiver ne nous pare de blanc. Respirons... On est beaucoup mieux là que chez I K E A, non ? Écoutez ce silence...
   
C’est alors qu’un bruit assourdissant couvrit leur conversation : le bûcheron lançait sa tronçonneuse.
   
— Ah, notre belle odyssée touche peut-être à sa fin, et les poumons de nos enfants un jour nous pleureront...

 

Colette F., Évelyne J., Annie R., Sylvie D. 

The team :

 

Atelier d'écriture de la Petite mission : sévices textuels animés par Christian. Vous pouvez retrouver les textes de l'atelier sur le site : L'Écriptoire

 

Porte-à-porte

 

Encore une fois, c’est avec bonheur que notre petit groupe d’écriture a poussé la porte de la médiathèque de Cours de Pile.
 
Là se niche une exposition de gravures que l’artiste, Rosario Marrero-Naissant, a intitulé « Les portes de mon âme ».
 
En effet, nous avons fait du porte-à-porte !
  
Nous avons frappé à « la porte de ma pensée », « la porte de mes rêves » puis à celle « des musiciens » et à celle « des danseurs », d’autres encore.
  
Point de clé de serrurier pour les ouvrir, mais Rosario propose les siennes : un fourmillement d’indices : graphismes noirs et blancs, images gravées en nuances de cendre, terre, rouille, sable, mer, soleil. Des animaux, des personnages en mouvement.
  
Des portes évoquent « une grosse peur », une « fuite vers l’occident », le « déchirement des cultures », « la solitude du musicien », « la nostalgie de la mer ».
 
 
D’autres s’ouvrent « vers la liberté », « vers un Nouveau Monde ». Et dans « un préambule de jazz », elles célèbrent « l’espoir d’un monde meilleur » et « la passion avec fusion ».
   
En entrouvrant toutes ces portes, nous avons eu le privilège de découvrir toute la richesse émotionnelle que l’artiste y a cachée, et qu’elle a bien voulu partager par le biais de cette exposition. Ces portes-là, on ne les refermera pas de si tôt.  
 

Gisèle Constant

 
Atelier d'écriture de la Petite mission/Cours de Pile : sévices textuels animés par Christian. Vous pouvez retrouver les textes de l'atelier sur le site : L'Écriptoire